Philippe Dalmasso

Paysagiste concepteur pour la ville d’Antibes Juan Les Pin

Initiateur de la charte pour le jardin en méditerranée et du concept de nature sublimée. Membre de l’AITF Groupe Espaces Verts et délégué régional PACA HORTIS

Ingénieur des techniques de l’horticole et du paysage depuis 1995 a toujours œuvré pour partager son expertise du jardin et principalement méditerranéen. Son principal enjeu aujourd’hui, correspond à aider les aménageurs du paysage à définir des prescriptions culturales qui utilisent le potentiel de la nature pour réduire au maximum le besoin d’interventions futures.  

 

 

Pourquoi cette initiative de la charte pour le jardin en méditerranée ? Quelles pratiques souhaitez-vous voir évoluer à travers cette charte dans laquelle les acteurs clés de l’aménagement paysager se reconnaissent ?    

 

Dans un contexte où nos ressources s’amenuisent et les demandes sociétales augmentent, il nous faut agir à travers une démarche globale…Or, les enjeux de l’aménagements et les parties prenantes sont nombreuses et souvent en contradiction… 

 

Avec la conjonction de la crise économique et de la prise de conscience écologique on a vu dans notre domaine d’activité deux approches qui ont dérangés les professionnels du paysage. La première a consisté à minéraliser les espaces et la seconde à les laisser à l’abandon en disant que c’est de la nature. L’espace est donc devenu pour certains aménageurs une contrainte alors que pour nous paysagistes c’est une opportunité ! 

 

Les institutions signataires de la charte pour les jardins en méditerranée 

 

 

Dans notre filière du paysage, acteurs privés et publics, nous avons constaté que nous avions les mêmes préoccupations et nous avons décidé de nos rassembler pour décrire ce que nous souhaitons pour l’avenir de nos jardins. Nous en sommes arrivés à la charte pour le jardin en méditerranée. Les prescriptions énoncées dans le concept de « nature sublimée » sont le condensé et l’aboutissement de notre réflexion collective.  

 

L’idée consiste à utiliser des solutions naturelles adaptées à nos espaces de vie. Ainsi, nos jardins se basent sur ce qui existe dans la nature mais en prenant ce qu’il y a de plus intéressant dans celle-ci dans le but de créer des jardins adaptés à la fois au climat et aux usages attendus. Cette réflexion oblige l’homme à travailler en symbiose avec la nature plutôt qu’en contradiction. L’aménagement adapté et accepté n’en devient que plus durable, nécessitant peu d’interventions…  

 

Selon le GIEC la méditerranée est l’un des « Hot-Spot » du changement climatique, qu’est-ce que cela signifie pour les jardins et espaces verts méditerranéens ?   

 

 

On ne peut pas réussir un jardin adapté sans prendre en compte le climat, et celui qui nous concerne c’est le climat méditerranéen d’où le choix d’une charte pour ce climat donné.  

 

En l’occurrence notre climat se caractérise par un été très sec. Notre gestion doit prendre en compte cette sécheresse et donc un lien fort avec la gestion de l’eau. 

 

 

De mi-mai à mi-novembre nous avons l’interdiction d’arroser les jardins. Cela implique un changement complet dans notre approche et le choix de végétaux. D’autant plus que cet aspect aura sans doute tendance à s’exacerber dans les années qui viennent nous annoncent les météorologues…. 

 

On peut rappeler que climat méditerranéen concerne aussi certaines parties de l’Afrique du Sud, de la Californie, sud-ouest Australie, le Sud du Chili… autant de régions qui permettent d’augmenter notre palette végétale et de permettre de choisir des végétaux encore plus adaptés que les « locaux ». 

 

 

Ainsi, chaque climat doit se doter d’une approche et d’une ambition particulière en fonction des contraintes qui lui sont propres ! 

La Pinède en 1900 

« La pinède originelle » 

La Pinède de Juan-les-Pins, c’est le premier espace classé en France comme remarquable. Il l’a été à caractère pittoresque en 1912 pour lutter contre l’urbanisation. Ainsi dans les années 10, Les pins de la Pinède ont pu être conservés. C’était un espace très particulier, une forêt/garigue entre le cœur de la ville et le bord de mer.  

 

Au fur et à mesure des époques avec l’évolution des goûts, la Pinède a été engazonnée avec des espaces fleuris… Mais avec la volonté d’être plus respectueux des causes environnementales, le choix a été fait de revenir à l’état originel de la Pinède, soit une garigue avec des Pins.  


La Pinède en 1993 

« Les premières évolutions » 

Cela n’a pas plus à une grande majorité de personnes qui ont trouvé l’état à l’abandon et insécure. Ce qu’on acceptait à une époque dans les années 10 on ne l’accepte plus aujourd’hui. En effet, avec la quantité de personnes qui fréquentent la station balnéaire de Juan-les-Pins aujourd’hui, on imagine ce qu’il peut se passer dans les buissons, trafics, risques d’incendies, papiers et emballages qui attirent les rats. La nature y était donc redevenue hostile….  

La pinède en 2016  

« La nature hostile » 

Finalement, cette expérience a été l’occasion d’appliquer les principes avancés par les acteurs de la Charte. J’ai recréé une garigue mais avec des végétaux beaucoup plus intéressants sur le plan des floraisons et fait de cet espace un jardin qui ressemble à une garrigue avec une sélection de végétaux adaptés au climat. 

Des chemins de sable ont été créés à l’intérieur pour inciter les gens à circuler sur des zones dédiées, un espace à la fois l’ouvert et cadré avec des zones de détente adaptées aux usages (repos, lecture, musique).  

Comme on a encouragé les gens à se promener au milieu des aménagements, la fréquentation est devenue beaucoup plus familiale. On a redonné une ambiance naturelle à la Pinède mais bienveillante et accueillante, où les écureuils viennent à la rencontre des familles ! On a fait fonctionner l’homme et la nature en bonne intelligence !  

La pinède en 2020  

« L’application des principes de nature sublimée » 

Vous portez depuis 2 ans vos sujets sur le salon Innopolis Expo…  

En effet, puisque maintenant entre acteurs du paysage sur notre territoire nous sommes d’accord, ce qu’on voudrait c’est désormais se connecter avec ceux qui font de l’urbain, tous les acteurs, les élus, urbanistes, architectes, pour pouvoir travailler ensemble.  

  • Les élus pour faire la jonction entre notre expertise et leurs contraintes politiques.  

  • Les architectes car le bâtiment un impact sur le paysage, mieux travailler aussi ce qu’il y a autour de bâtiment, comment on le relie à l’extérieur.  

  • Les acteurs du réseau routier, car ils ont compris qu’on pouvait embellir leurs projets. Une -nouvelle démarche qui fait de la route un paysage apparait.  

  • Les acteurs de l’éclairage car l’enjeu des paysages et de la biodiversité nocturne est de plus en plus prégnant.   

Innopolis Expo est cet endroit, à la croisée des expertises et de profils où cette jonction peut se faire !  

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